De quoi Bismarck est-il le nom ?

1. « Le rêve de Bismarck »

En 2008, un cinéaste, Patrick Taliercio, en repérage à Charleville, découvrit, dans un exemplaire du «Progrès des Ardennes» daté du 25 novembre 1870 trouvé chez un bouquiniste, un inédit d’Arthur Rimbaud.
Le texte s’intitule « Le rêve de Bismarck ».
Il décrit le chancelier prussien rêvant de conquérir Paris où il se brûle les doigts.
Et le nez.
Il est signé Jean Baudry, pseudonyme d’Arthur Rimbaud.
Ce dernier n’a peut-être jamais su que son texte avait été publié. Les éditions ont été détruites sous les obus qui sont tombés sur Mézières le 31 décembre 1870.

Voici ce texte :

Le rêve de Bismarck

(Fantaisie)
C’est le soir. Sous sa tente, pleine de silence et de rêve, Bismarck, un doigt sur la carte de France, médite ; de son immense pipe s’échappe un filet bleu.
Bismarck médite. Son petit index crochu chemine, sur le vélin, du Rhin à la Moselle, de la Moselle à la Seine ; de l’ongle, il a rayé imperceptiblement le papier autour de Strasbourg : il passe outre.
A Sarrebruck, à Wissembourg, à Woerth, à Sedan, il tressaille, le petit doigt crochu : il caresse Nancy, égratigne Bitche et Phalsbourg, raie Metz, trace sur les frontières de petites lignes brisées, — et s’arrête…
Triomphant, Bismarck a couvert de son index l’Alsace et la Lorraine ! — Oh ! sous son crâne jaune, quels délires d’avare ! Quels délicieux nuages de fumée répand sa pipe bienheureuse !…
Bismarck médite. Tiens ! un gros point noir semble arrêter l’index frétillant. C’est Paris.
Donc, le petit ongle mauvais, de rayer, de rayer le papier, de ci, de là, avec rage, — enfin, de s’arrêter… Le doigt reste là, moitié plié, immobile.
Paris ! Paris ! — Puis, le bonhomme a tant rêvé l’œil ouvert, que, doucement, la somnolence s’empare de lui : son front se penche vers le papier ; machinalement, le fourneau de sa pipe, échappée à ses lèvres, s’abat sur le vilain point noir…
Hi ! povero ! en abandonnant sa pauvre tête, son nez, le nez de M. Otto de Bismarck, s’est plongé dans le fourneau ardent… Hi ! povero ! va povero ! dans le fourneau incandescent de la pipe…, Hi ! povero ! Son index était sur Paris !… Fini, le rêve glorieux !
Il était si fin, si spirituel, si heureux, ce nez de vieux premier diplomate ! — Cachez, cachez ce nez !…
Eh bien ! mon cher, quand, pour partager la choucroute royale, vous rentrerez au palais
(lignes manquantes)
Voilà ! fallait pas rêvasser !
Jean Baudry

NB : « Hi povero » signifie en italien « le pauvre ! ». Peut-être un clin d’œil à Garibaldi ?

Sur le contexte de l’écriture entre la défaite de Sedan et la Commune de Paris) ainsi que sur les circonstances de la  découverte de cet inédit, nous renvoyons au dossier du quotidien L’Union de Charleville Mézières.

2. De quoi Bismarck est-il le nom ?

J’esquisse une réponse à la question d’un ami qui me demandait en plaisantant après que j’eus évoqué ce texte : de quoi Bismarck est-il le nom ?
Spontanément, je lui ai dit : c’est le nom de l’indigence de la politique.
Essayons d’approfondir cette intuition.
Evidemment, Angela Merkel n’est pas plus Bismarck que Montebourg n’est Rimbaud.
Que l’on me comprenne bien : ce n’est pas la méchanceté du qualificatif qui me choque. Visait-elle d’ailleurs autre chose qu’une minute de célébrité pour rallier à François Hollande les partisans du non à Maastricht ? Ce qui me choque, c’est la misère de la comparaison là où l’on attendrait une analyse plus pertinente de la politique actuelle de la chancelière allemande, le signe d’un état de réflexion audacieux sur l’Allemagne et l’Europe.
Celles d’aujourd’hui et non celles de la fin du 19ème siècle.
Las !  Au lieu d’une compréhension intelligente de ce qui se passe réellement, on assiste au triste spectacle d’accusations réciproques de germanophobie.
La réaction selon laquelle il ne faudrait prononcer à l’égard de l’Allemagne aucun mot qui fâche n’en est pas moins navrante. Ah bon et pourquoi donc ? Ne pas prendre le risque d’un mot qui fâche revient à refuser de s’interroger sur le fond des choses.
Notre classe politique semble découvrir que l’Europe dans sa dimension communautaire – qui n’est pas la seule – tourne autour de l’Allemagne.
En a-t-il jamais été autrement depuis la fin de la seconde guerre mondiale ?
Angela Merkel prend la succession des politiques d’Adenauer et de Ludwig Erhard.  Elle voit dans cette crise la chance de parachever, à l’échelle européenne, l’œuvre ordolibérale faisant comme si rien de fondamental n’avait changé, ignorant la part prise par l’Allemagne dans la crise actuelle comme par exemple un taux de retour sur investissement de 25 % réclamé par la Deutsche Bank. A force de redistribuer du bas vers la haut, l’Allemagne est le pays de l’OCDE dont la fracture sociale s’est le plus aggravée.
Personne n’a-t-il  pris la peine de lire le discours de la chancelière devant le Bundestag ?
Que dit-elle ?

La crise est une crise de la dette et une crise de la confiance.
Il existe un domaine qui a, au fil des années,  pratiquement perdu tout crédit, c’est la politique.

Sur ce point, elle n’a sans doute pas tort sauf qu’elle ne pense pas à la perte de confiance des populations dans la politique, elle vise la perte de confiance des marchés financiers dans la politique. Et la conclusion qu’elle en tire est que pour préserver la confiance dans les seules institutions dignes de confiance que sont les banques centrales et la Cour de justice européenne, il faut garantir leur indépendance et donc dessaisir la politique de ses attributions budgétaires, institutionnaliser des mécanismes de sanctions contre les états qui ne respecteraient pas la discipline budgétaire.
Il faut faire fi de toute économie politique.
En cela, ce n’est pas du tout une politique bismarckienne mais néolibérale, de « ce libéralisme qui nous vient d’Allemagne » comme le disait Michel Foucault qui souligne que « faire sortir de la véridiction du marché la juridicité de l’Etat, c’est ça le miracle allemand »
Avec tout cela qui existe aussi dans les cartons de la Commission européenne, A. Merkel, à ce qu’elle assure, est en phase avec son homologue français. Ce n’est plus un sujet de discussion mais de mise en musique.
Et si l’on parle, en Allemagne aussi, de guerre ou de putsch, ce n’est pas celui ou celle d’un gouvernement mais celle et celui des marchés financiers.
Contre la démocratie, contre la politique, les Etats, les peuples.
La Frankfurter Allgemeine Zeitung publiait le week-end dernier un essai de Michael Hudson, professeur d’économie à l’Université du Missouri et analyste financier à Wall Street dont le titre anglais est Democracy-and-debt ( Dette et démocratie ) dans lequel il évoque la manière dont la finance internationale mène «  une sorte de guerre qui poursuit les mêmes buts que les conquêtes militaires d’autrefois : l’appropriation des terres et des richesses du sous-sol, des infrastructures publiques, la levée de tributs ».
Il ne faudrait pas une fois de plus se tromper de guerre et rater les convergences possibles avec ceux qui en Allemagne aussi réfléchissent.

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Maria Braun, la Mata Hari du miracle économique

Une image du film de Rainer Werner Fassbinder : « Le mariage de Maria Braun ».
De gauche à droite Gottfried John = Willi le syndicaliste / Hark Bohm = Senkenberg, le gestionnaire de l’entreprise de textiles / Hanna Schygula = Maria Braun.

Dans un moment d’ironie, à l’issue de négociations avec les syndicats, Maria Braun se définit comme la Mata Hari du miracle économique allemand : le jour, elle travaille pour les patrons, la nuit pour les ouvriers. Fassbinder fait là une satire de l’idéologie dominante du Nous sommes tous dans un même bateau. Il y a ceux, rétorquent Willi, qui sont propriétaires du bateau et il y a ceux qui rament.

Dans Le mariage de Maria Braun, Fassbinder explore la face cachée du miracle économique allemand présenté dès cette image comme un enfermement dont l’issue sera explosive.

Le film sera projeté samedi 3 décembre à 10h 30 au Cinéma La Pagode dans le 7ème arrondissement de Paris dans le cadre du cycle « Sorties de guerre » organisé par l’association Ciné-Histoire en collaboration avec le Goethe Institut

Je participerai au débat à l’issue de la projection.

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Les tartuffes de la rigueur monétaire

(Foto: Yusuf Beyazit) Le 9 novembre, les premières tentes s'installent à Berlin sur la plage de la presse accréditée auprès des instances fédérales.

Pourquoi la Banque Centrale européenne (BCE) qui octroie aux banques privées autant de crédits qu’elles en demandent à des taux de plus en plus bas  pour qu’elles-mêmes en prêtent aux Etats à des taux de plus en plus élevés ne finance-t-elle pas directement les Etats ?

La question n’est pas nouvelle.

Mais si moi, simple citoyen, je la pose, on me renvoie à mon ignorance supposée des questions économiques et financières. Or voici qu’elle est posée par un spécialiste des questions financières, éditorialiste au Financial Times Allemagne (FTD), Lucas Zeise. Il ne se contente pas de poser la question, il y répond  par un coup de gueule contre les tartufes de la stabilité monétaire.

En résumé :

LA BCE ne doit pas financer les dettes des Etats, disent les critiques. En vérité, ces Tartufes ne veulent qu’une chose : que les banques privées puissent continuer à gagner de l’argent en servant d’intermédiaires .

Il est heureux – et symptomatique du moment présent – qu’un journaliste financier se lance ainsi. Cela se passe alors que les mouvements, occupy, ou indignés ou réelle démocratie maintenant rejoints depuis peu en Allemagne par Attac et les syndicats avec le soutien de nombreux universitaires économistes posent à leur tour des questions sur le pouvoir des banques.

Les banques privées détiennent le monopole de la création monétaire. Ce pouvoir unique s’accompagne d’une justification : le soupçon permanent que les Etats ont trop de facilité à manier la planche à billet provoquant des risques inflationnistes. La planche à billets privée est, elle, sans limite.

L’éditorialiste du FTD écrit :

La Banque centrale, dans notre système monétaire, finance l’Etat régulièrement et de manière tout à fait ordinaire. Mais elle le fait par le biais d’’intermédiaires puisque c’est ainsi que se nomment les banques chez qui reste l’essentiel des bénéfices réalisés. L’interdiction faite à la Banque centrale de financer les Etats devrait, pour rendre justice à la pratique actuelle, être formulée ainsi : La Banque centrale ne peut financer les institutions de l’Etat qu’en assurant une participation des banques privées aux bénéfices .

Lucas Zeise traite d’hypocrites les dévots allemands de la stabilité monétaire. Sont nommément désignés Otmar Issing, ex-chef économiste de la BCE passé chez Goldman Sachs, Axel Weber, ancien président de la Deutsche Bank passé chez UBS, et Jens Weidmann, actuel président de la Deutsche Bank. «  Leur cri de guerre, écrit-il,  jamais la Banque centrale ne doit activer la planche à billets signifie en réalité les bénéfices doivent toujours atterrir dans les banque privées. »

Admettons que l’on réussisse à vaincre la résistance de ces faux dévots et de leur nombreux soutiens dans les banques et dans les medias, admettons que la BCE prenne à grande échelle dans son bilan les dettes des Etats européens, en résulterait-il une augmentation massive de la masse monétaire, aurions-nous à craindre une inflation galopante comme dans le Reich allemand des années 1919 et suivantes, lorsque les coûts de la guerre ont été monétarisés ? Rien de tout cela.

Il est intéressant de noter que dans sa conclusion notre auteur signale que cette question seule ne suffit pas à résoudre la crise : « Alors que le secteur financier et les rentiers sont financés par la BCE à travers les budgets de l’Etat, l’économie réelle stagne. Sans changement radical dans la distribution des revenus, les perspectives restent sombres »

Peut-être que l’éditorialiste du Financial Times a des intentions que je ne perçois pas. Peu importe. On ne pourra plus dire que ma question  est idiote. On ne pourra plus me dire que je n’y comprends rien.

Au début du siècle dernier, le mot d’ordre en Russie était tout le pouvoir aux soviets. Depuis la chute du Mur de Berlin et la fin de L’Union soviétique, il semble que le mot d’ordre soit en Europe : tout le pouvoir aux banques. Selon le quotidien espagnol El Mundo, le politburo de ce nouvel ordre existe déjà.

Le quotidien rapporte en effet que le sommet du G20 de Cannes a vu la naissance d’un nouveau « lobby politico-économique »: le Groupe de Francfort (GdF), qui serait composé de huit personnalités :

La chancelière allemande Angela Merkel, le président français Nicolas Sarkozy, devenus de plus en plus les ‘Merkozy’ dans la presse européenne. Mais aussi Jean-Claude Juncker, président de l’Eurogroupe, Christine Lagarde, directrice du FMI, José Manuel Barroso, président de la Commission européenne, Herman Van Rompuy, président du Conseil européen, Mario Draghi, président de la BCE, et Olli Rehn, commissaire aux Affaires économiques et monéraire. Le groupe est né par hasard dans l’ancien opéra de Francfort le 19 octobre dernier, où ces dirigeants assistaient aux adieux de Jean-Claude Trichet comme président de la BCE.

Selon El Mundo, les plus critiques appellent le GdF ‘politburo’ par son absence de légitimité démocratique. Ils lui attribuent la décapitation de Georges Papandréou [et probablement la nomination du successeur] et le coup de poignard à Silvio Berlusconi [et le choix de son successeur]. Ses défenseurs, de leur côté, donnent au groupe le statut d’antidote nécessaire pour mettre un terme à la crise de l’euro.

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Occupy et pirates, des « je » à la recherche d’un « nous »

"Du ich wir sein" / Être toi moi nous, de l’artiste suisse Rudolf Walter MUMPRECHT

Le nouveau ne nait pas dans les étages supérieurs des grandes banques quand bien même ce serait la Deutsche Bank. Le président de cette dernière, Josef Ackermann, revenant de Cannes, a récemment égaillé une soirée parisienne en se faisant passer pour Suisse aux yeux de Challenges / le Nouvel Observateur. Suisse, il l’est, certes, mais, quand même, nous faire croire qu’il est neutre alors qu’il est considéré en Allemagne comme le vice-chancelier… Il a été applaudi des deux mains dans les salons de l’Ambassade quand il a expliqué à son auditoire ravi que les limitations de souveraineté budgétaire imposée à la Grèce seront demain celle de l’Europe entière. Même plus besoin d’aller voter. L’Europe des banquiers dans laquelle on  peut toucher à l’indépendance des Etats mais pas à celle des banques.

Mais parlons plutôt de ce qui est – peut-être –  entrain de naître ailleurs.

Parmi les textes qui circulent sur les sites Internet des mouvements occupy allemands – une intense production -, il en est un qui récemment a tout particulièrement retenu mon attention. Diffusé par aCAMPada Berlin – Occupy Berlin, il s’intitule : « Über ich ist wir [au dessus du je il y a  le nous ] ». Il a été écrit par Klaus Raab, ethnologue et journaliste, pour l’hebdomadaire Der Freitag. J’avais déjà vu passer une question qui m’avait intriguée : comment être 1 et 99% ?
Auteur d’un livre au titre mystérieux (Nous sommes en ligne et vous qui êtes vous ?), Klaus Raab cherche à nous dire, me semble-t-il, que nous assistons à un changement de paradigme dans l’articulation du je et du nous.
L’auteur nous rappelle d’abord la parution en 2000 d’un numéro de l’hebdomadaire der Spiegel présentant les « nouveaux allemands » comme promoteur d’un individualisme dérégulé, en « costume BMW [la marque de voiture] » électeurs du parti libéral FDP, etc…On sait aujourd’hui que le parti libéral a eu tout faux, c’est tout juste s’il existe encore. A la place laissée vacante sur le thème du libéralisme sociétal monte le Parti pirate.

Mais une fois ce « moi dérégulé ou négatif » jeté aux oubliettes, qu’en est il du je en 2011 ?

« Le je qui domine en 2011 est caractérisé par l’énorme difficulté à construire un grand nous dans un monde de niches et de tendances court-termistes. On y arrive encore peut-être parfois lors de grands tournois internationaux de football ou dans d’autres manifestations d’envergure mais même là cela ne dure que jusqu’au coup de  sifflet final. Le je actuel se caractérise par la conscience de cette difficulté. Par l’acceptation, peut-être même l’approbation, de ce présent pulvérisé. Mais ce je d’aujourd’hui se caractérise aussi par le désir de vouloir malgré tout quelque chose qui rappelle une communauté. On pourrait l’appeler le moi social. Le nous est, dans ce modèle, constitué par les nombreux je qui se mettent en réseau.
La mise en réseau est la méthode [il pourrait dire la technique] de la constitution d’une communauté. Ce n’est pas nouveau, on en parle depuis des années mais trop souvent  on en parle comme s’il s’agissait exclusivement de l’Internet. « On se met en réseau » en ligne, bien sûr, c’est comme ça qu’on dit. La séparation entre le monde en ligne et le monde hors ligne s’est révélée ces derniers mois anachronique. Ce n’est pas le fait d’être collé à son écran pour échanger des blagues sur Facebook qui fait l’essentiel de la culture de réseau. L’important est le principe d’organisation qui y est lié ».

Si je traduis bien, cela veut dire que la culture de réseau est présente aussi bien dans le campement qu’en ligne.

Je voudrais évoquer à cet endroit ce qu’écrit Bernard Stiegler sur la question du je et du nous :

« Je ne suis je que dans la mesure où j’appartiens à un nous. Un je et un nous sont des processus d’individuation. Cela étant, le je et le nous en tant que processus d’individuation ont une histoire. Il ne s’agit pas seulement d’une histoire au sens où chaque nous est une histoire différente, mais au sens où les conditions de l’individuation du nous, au fil de l’histoire de l’humanité,  se transforment » (Cf Bernard Stiegler : Aimer s’aimer nous aimer. Galilée 2003, page 16).

Nous assistons à une telle tentative de transformation. Bernard Stiegler ajoute que l’articulation du je et du nous est surdéterminé par la technique.

Retournons au texte de Klaus Raab.

« Le principe non hiérarchique du réseau est social, dans le fond. C’est celui du Parti pirate. A la différence des Verts qui, à leurs débuts, devaient présenter la démocratie d’en bas, de la base [Basisdemokratie] comme une utopie, le Parti pirate peut lui faire référence aux innovations techniques.
Le moi social ne se trouve pas seulement en germes dans le Parti pirate mais aussi dans les groupes diffus qui agissent actuellement de par le monde qu’ils s’appellent
occupy, anonymous ou protestataires de Stuttgart 21 »

Il leur manque des figures représentatives au sens où les media ont besoin de quelqu’un à qui parler. Quand ils en trouvent, ils ne parlent qu’en leur nom propre. Y mettre à la place Slavoj Žižek à New York ou Lordon à La Défense ne règle pas la question.
Pour Klaus Raab, considérer que les mouvements à Madrid, Londres, New-York, Francfort ou Stuttgart s’organisent à partir du réseau n’est pas l’élément essentiel. Ce qui pour lui est important est qu’ils s’organisent comme le réseau. Ne devrait-on pas plutôt considérer les deux à la fois ?

« Avant tout ils s’organisent de manière décentralisée et poussés par des impulsions et quelque fois en troupeau. Ils partagent un malaise d’où ressortent des questions communes dont les réponses sont individuelles. La base commune est dans la recherche et son organisation.
Dans cette mesure, ils ne sont ni de droite ni de gauche : la CDU (parti chrétien démocrate) autant que die Linke (La Gauche) subodorent la présence d’une partie de leurs électeurs dans le mouvement
Occupy. Et quand les Pirates parlent d’une pensée «  non dogmatique » ou « post-idéologique », d’un dépassement d’une géographie droite-gauche établie, cela ne veut pas dire que pour eux il n’y aurait plus de positions de droite ou de gauche. Cela veut dire qu’une prise de position du Parti ne se déduit plus d’un enseignement transmis mais – du moins en théorie – du vote individuel. Cela veut dire l’organisation décentralisée de la recherche de réponses. La recherche d’un nous par de nombreux je. »

Ce n’est ni le peuple, ni la masse  mais la « multitude » dont parle Michael Hardt et Antonio Negri.

Klaus Raab voit dans cette forme d’organisation plus intéressée à la coopération qu’à la reprise des traditions politiques une des raisons des difficultés rencontrées récemment aussi bien par Occupy que par les Pirates confrontés à la présence parmi eux de membres du parti néonazi. Les contenus de cette multitude sont contradictoires et flous. Personne ne peut dire s’il résultera de tout cela un nous de droite ou de gauche. Personne ne sait si le Parti pirate ne va pas un jour s’opposer à toute forme de régulation par l’Etat. On n’est pas obligé d’applaudir mais, conclut-il, cela n’empêche pas de constater «  qu’il n’y a pas dans ce présent pulvérisé de meilleure possibilité d’agir collectivement que de mettre tous ces je en réseau. Et historiquement, il n’y a pas de communauté donc pas de nous tombé du ciel. Toute communauté est d’abord une construction ».  Et la conclusion :

« Les nombreux moi sociaux inventent un nous en devenir »

L’article en allemand

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Dans l’ivresse des zéros, une expérimentation du non-savoir économique à grande échelle.

22 octobre 2011. Campement devant la Banque centrale européenne de M. Trichet, à Francfort, haut lieu du « non savoir » dont parle le sociologue allemand Ulrich Beck.

Le mouvement des indignés, ou d’occupation, ou de campement ou ‘démocratie maintenant’ ou des 99%, tout cela successivement ou en même temps, n’est pas facile à appréhender. Il est à la fois global  tout en s’exprimant et s’organisant localement, mélange la  référence à la Tea Party et à Guy Debord. On était  évidemment quelque peu impatient de savoir ce que le sociologue du cosmopolitisme et de la société mondiale du risque, Ulrich Beck,  allait pouvoir nous dire de tout cela. Soudain se brise le modèle économique de l’American way of life. Tout à coup le capitalisme s’appelle à nouveau capitalisme et subit le feu de la critique. Quelles potentialités y a-t-il dans tout cela ? Ulrich Beck analyse le mouvement « occupy » dans la société mondiale du risque et se demande d’où vient qu’il retienne à ce point l’attention (sauf, semble-t-il, en France).  Son texte est paru le 28 octobre dans le quotidien Tageszeitung.

Il y a d’abord un constat sur ce qu’est et n’est pas cette mobilisation et sur sa « localisation ».

Les protestataires ne se mobilisent pas contre une mauvaise loi ou pour une revendication particulière mais contre « le système » lui-même. (…) Ce ne sont pas les « superflus » (les « inutiles au monde »  de Zygmunt Bauman) , ce ne sont pas les exclus, pas le prolétariat mais le milieu, le centre de la société qui s’installe sur les places publiques. C’est cela qui déstabilise « le système » et lui ôte sa légitimité.
Il est certain que le risque financier global n’est pas (pas encore) la catastrophe financière. Mais il pourrait le devenir. Ce conditionnel catastrophique est le typhon qui a pénétré sous forme de crise financière au milieu des institutions sociales et dans le quotidien des hommes. Cette pénétration s’est faite sur un mode irrégulier, sans être situé sur le terrain de la constitution et de la démocratie avec un potentiel explosif de non savoir inavoué balayant les repères d’orientation.

Ce milieu qui fait vaciller l’édifice néolibéral – dans quel sens ? – est-ce ce que l’on appelle les couches moyennes ?  Qui sont –elles plus précisément  pour former une « communauté de destin » de 99% ? Cette communauté de destin se constitue-t-elle par delà les différences sociales ? On assiste à la mise en œuvre d’une sorte de keynésianisme pour riches. On voit des états sans le sou verser des sommes astronomiques aux cathédrales du capitalisme. Tout le monde peut le constater. Mais, écrit Ulrich Beck, le constater « cela ne signifie pas qu’on le comprenne ».

Les menaces sont appréhendées localement comme un évènement cosmopolitique.

De tels évènements entrent en collision avec le cadre institutionnel et conceptuel dans lequel nous pensons la société et la politique ; ils mettent ce cadre en question de l’intérieur. En même temps, cela se fait selon des contextes culturels, économiques et politiques divers, en conséquence, la protestation globale se différencie localement.

Une nouvelle dynamique de protestation

Les flux financiers mais pas la totalité des relations commerciales ni des conditions de production de l’économie, seulement ces transactions financières numériques, en temps réel, qui peuvent soulever puis laisser s’effondrer des pays entiers témoignentt de manière exemplaire qu’elle peut être la nouvelle dynamique de protestation dans la société mondiale du risque. Car les risques financiers globalisés  sont une sorte de démonstration objective des relations existantes se retournant contre elles-mêmes. Les hommes font sous le diktat de la nécessité  une sorte de cursus éclair  sur les contradictions du capitalisme financier dans la société mondiale du risque. Les comptes-rendus des medias couvrent la séparation radicale entre ceux qui produisent les risques et en profitent et ceux qui doivent en assumer les conséquences.

Un socialisme d’Etat pour riches

Nous assistons à des retournements dignes d’un spectacle de cabaret :

Banquiers et managers, en gros les intégristes du marché, en appellent à l’Etat. Les politiques comme en Allemagne Angela Merkel et Peter Steinbruck [dirigeant du Parti social démocrate, SPD candidat d’Helmut Schmidt à la chancellerie] qui ne tarissaient pas de vivats pour le capitalisme dérégulé changent du jour au lendemain d’opinion et d’étendard au profit d’une sorte de socialisme d’Etat pour riches.

Nous sommes devenus une partie d’une grande expérimentation économique .

Partout règne le non-savoir. Personne ne sait ce qu’il en est ni ce qui résultera réellement des thérapies prescrites dans l’ivresse du nombre de zéros. Nous tous – les 99% donc – faisons partie d’une expérimentation économique à grande échelle qui d’un côté se situe dans l’espace virtuel d’un non-savoir plus ou moins inavoué parce qu’il s’agit d’empêcher que n’advienne quelque chose qui ne doit pas arriver tant sur le plan des moyens que sur celui des fins et qui d’un autre côté a des conséquences très dure pour tout le monde.

Le système a perdu sa légitimité

Les risques financiers globaux amènent à une politisation « involontaire » inédite.

Globalisation veut dire : tout le monde est touché par les risques, tous se considèrent atteints. On ne peut cependant pas en déduire qu’il en résulterait une action collective, ce serait une conclusion prématurée. Mais il y a quelque chose comme une conscience de la crise issue du risquer et cette menace collective représente une forme de destin collectif. (…).
La société mondiale du risque  – c’est ce que montre le cri des 99% – peut dans un moment cosmopolitique devenir une conscience réfléchie d’elle-même. Cela devient possible dès lors que les réalités se retournent contre elles-mêmes et se transforment en engagement politique conduisant tout le monde dans la rue.
D’où provient le pouvoir ou l’impuissance du mouvement d’occupation ? Ce n’est pas seulement que les requins de la bourse eux-mêmes s’en déclarent solidaires. Le danger financier global a ôté au capitalisme financier sa légitimité. La conséquence en est une asymétrie entre pouvoir et légitimité. Un grand pouvoir et une faible légitimité du côté du capital et des états petit pouvoir et très  grande légitimité du côté du carnaval des protestataires.

Ce déséquilibre devrait permettre de faire aboutir des revendications telle que la taxe sur les transactions financières par une alliance entre le mouvement global et les politiques nationales, pense Ulrich Beck. La difficulté de cette thèse résidant, me semble-t-il dans la totale perte de crédit de la politique. Ainsi l’accueil plus que sceptique quand Angela Merkel découvre soudain la nécessité d’un salaire minimum.

L’adversaire le plus tenace et le plus convainquant de la finance ne se trouve pas parmi ceux qui plantent leurs tentes devant les banques malgré la nécessité d’une telle action, conclut le sociologue de la Société du risque, l’adversaire le plus coriace de la finance est la finance elle-même.

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Le retour des alchimistes

Certaines informations prennent de plus en plus souvent des allures de farce y compris dans la très « sérieuse »  Allemagne.
La dernière en date ressemble à une de ces grosses blagues qu’on raconte sur les bords du Rhin pendant la période de carnaval.
Hokus pokus fidibus et hop, voici que voilà, je sors de mon cabas 55, 5 milliards d’euros ! Rien de moins !
Ce tour de magie a été réalisé par la banque Hypo Real Estate (HRE) de Munich, banque nationalisée à la suite de la crise des subprimes pour devenir banque de défaisance (bad bank), en clair faisant fonction d’écurie d’Augias de la finance. On y stockait en effet un grand nombre de produits dérivés
C’est en nettoyant les écuries d’Augias que les actifs pourris ont été transformés en or. N’est ce pas là de l’alchimie ? Ce cadeau du ciel provient de la découverte d’une grotesque erreur d’écriture confondant l’addition et la soustraction. Sa correction réduit l’endettement de l’Etat allemand de 55 ,5 milliards d’euros. Voilà qui sonne comme un retour des alchimistes. Et qui tombe bien. On notera qu’Angela Merkel le savait bien avant les réunions européennes.
La HRE dispose de 8,8 milliards d’emprunts d’Etat grecs qu’elle doit donc réduire de moitié selon l’accord passé la semaine dernière à Bruxelles. D’ici à ce qu’elle confonde la division et la multiplication …
Cette affaire est peut-être aussi une petite leçon pour ces « élites » françaises qui en sont à penser qu’en Europe il n’y a plus de savoir faire qu’allemands. Pour l’arithmétique, c’est raté.

 

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Rendez-nous le marché ordolibéral

Des manifestations ont à nouveau eu lieu en particulier à Berlin où ils étaient un peu moins nombreux mais où les rendez-vous qui perdurent depuis le mois d’août sont désormais devenus quotidiens et Francfort où le mouvement n’a pas faibli comme on peut le constater ici en vues panoramiques. Prochain rendez-vous le 11/11/2011

Mais le malaise ne s’exprime pas seulement parmi ceux qui veulent installer des tentes devant le Reichstag ou la  Banque centrale européenne. On en trouve des témoignages aussi ailleurs. Deux exemples.

Les maîtres du monde

Le journal zurichois Tagesanzeiger, l’un des trois grands quotidiens suisses de langue allemande est revenu, ce dernier week-end, sur l’étude des chercheurs de l’Institut fédéral suisse de technologie – dit ETH – The network of global corporate control qui avait été repéré sur le blog de Paul Jorion, début septembre. Elle traite de l’extraordinaire concentration du pouvoir économique mondial entre les mains de 147 firmes transnationales qui ne dominent pas seulement leurs domaines d’activités propres mais 40 % du reste de l’économie. Parmi ces maîtres du monde les ¾ appartiennent à l’industrie financière. Comme le souligne dans le journal suisse l’un des auteurs de l’étude, James Glattfelder, cette concentration n’est pas seulement une menace pour la démocratie, elle en est une aussi pour la stabilité du système elle-même. En outre elle met hors jeu toute velléité de concurrence car ces puissants sont liés entre eux par des intérêts communs.

L’étude (en anglais) se trouve ici

Rendez-nous le marché

Frank Stocker a 42 ans. Depuis 42 ans, il est dit-il capitaliste. Il écrit pour ces couches moyennes qui ont hérité au berceau d’un paquet d’actions  et qui ont grandi au rythme des succès et difficultés des entreprises dont ils étaient actionnaires. Aujourd’hui rien de va plus. Il s’écrie dans d’édition dominicale du journal die Welt dont il est journaliste : « Rendez-nous le marché »!

Car la bourse de mon enfance, la bourse telle qu’elle a fonctionné à travers les siècles n’a plus rien à voir avec la bourse d’aujourd’hui. Ce que l’on appelle marché financier n’est plus un marché. C’est un univers parallèle, détaché de toute utilité économique. On n’y met plus en relation capital et production. Ce n’est plus que la rencontre du capital avec le capital. L’argent n’est pas placé pour être investi. L’argent est utilisé pour des paris. Pour l’exprimer en termes bibliques : la maison du marché a été transformée en caverne de brigands. Il n’y a pas là de place pour d’authentiques capitalistes comme moi.

Suit un développement sur la place de l’informatique dans la finance, le rôle des algorithmes à la Bourse, la bulle spéculative sur l’argent (le métal) pour arriver à la conclusion :

Je suis comme dit un capitaliste né. C’est pourquoi je veux que la casino redevienne un marché. Car ce n’est que si las marchés financiers y sont ramenés même si cela doit se faire par de fortes interventions régulatrices, que le capitalisme pourra à nouveau déployer sa force bienfaitrice et développer notre prospérité. D’où cet appel aux politiques, aux banques ainsi qu’à tous ceux qui peuvent y contribuer : rendez-moi, rendez-vous le marché.

La fin surtout peut faire sourire les mécréants dépourvus d’actions mais ce n’est pas cela qui nous intéresse. J’y vois surtout un témoignage de ce que le sociologue Christoph Deutschmann a appelé  l’“effet Buddenbrook collectif”[1].Ceux qui placent leur argent croient avoir un droit naturel à des gains  mais ils ne se préoccupent pas de savoir comment ils peuvent être obtenus. L’accumulation des conséquences pratiques de ces attentes individuelles ruine les conditions même de la poursuite de l’enrichissement. L’effet Buddenbrook fait référence au roman dans lequel  Thomas Mann raconte l’apogée d’une riche famille bourgeoise les Buddenbrook depuis le 16ème et son déclin au 19è siècle.

Le texte cité est très éloquent aussi sous un autre aspect, celui de l’échec de l’ordolibéralisme qui, selon Michel Foucault dans la Naissance de la biopolitique, voulait créer une société entrepreneuriale et façonner un homo oeconomicus c’est-à-dire « l’homme de l’entreprise et de la production » qui n’est pas celui de la spéculation. Et c’est la Gauche (Die Linke), en congrès ce même week-end, qui réclame le retour à l’ordolibéralisme en revendiquant aujourd’hui des affinités avec ses pères fondateurs Walter Eucken, Wilhelm Röpke et l’ultra réactionnaire chancelier Ludwig Erhard tout en canonisant, par ailleurs, un autre ancien chancelier, social-démocrate lui, Willy Brandt. Comprenne qui pourra !

[1] Christoph   Deutscmann : L’effet Buddenbrook  collectif. Les marchés financiers et les couches moyennes. Institut Max Planck pour les sciences sociales Cologne. MPIfG Working Paper 08/05

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L’Etat allemand a perdu le contrôle des technologies de contrôle

Les premières leçons du feuilleton didactique sur le cheval de Troie de la police sont édifiantes. Les politiques ont perdu le contrôle des technologies de contrôle.

Reprenant vertement les propos lénifiants du ministre de l’intérieur [CSU = Parti chrétien démocrate bavarois] défendant contre l’évidence le cheval de Troie [logiciel espion introduit dans les ordinateurs par la police] mis en œuvre par la gouvernement, l’éditorialiste et co-éditeur de la Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ), quotidien libéral,  référence des milieux d’affaires,  Franck Schirrmacher, écrit dans l’édition du 18 octobre 2011 :

Nous assistons à la perte de contrôle de la politique sur les systèmes technologiques complexes en temps réel. C’est une leçon de chose. Friedrich [i.e. le ministre de l’intérieur} ne peut pas reconnaître que la complexité des systèmes numériques fait prendre à l’Etat la même douche froide qu’aux marchés financiers. « Nous faisons confiance aux ordinateurs » avait déclaré Alan Greenspan au cours de sa mémorable audition devant le Sénat américain après la faillite de Lehman Brothers.

Intéressante comparaison.
Qu’est-ce qui permet d’en arriver à une telle conclusion ?

Rappelons que le cheval de Troie découvert et démonté par les hackers du Chaos Computer Club d’Allemagne  dont l’élaboration avait été confié à une société à l’historique pas très net (une histoire de pots de vins) était conçu de telle sorte qu’une fois introduit dans un ordinateur il pouvait télécharger des fonctionnalités non autorisées et contourner ainsi les limitations fixées  par la Cour Constitutionnelle tel que  faire des copies d’écran ou actionner une webcam. Le logiciel était piètrement sécurisé et pouvait être utilisé par d’autres. Enfin et peut-être surtout, les autorités “compétentes” étaient incapable de savoir quelles technologies elles avaient entre leurs mains. Elles n’en avaient d’ailleurs pas le code source.

Et notre éditorialiste ajoute :

Le ministre de l’intérieur s’illusionne du contrôle qu’il prétend avoir sur les systèmes informatiques, et c’est cette illusion qui est la plus effrayante. Les politiques de l’ère numérique doivent enfin reconnaître que la perte de contrôle sera la règle de l’action politique et communicationnelle  aussi longtemps que la compréhension des logiciels restera quasi magique et que les institutions resteront coincées au 20ème siècle.

La chute de l’éditorial venant d’un journal comme la FAZ vaut le détour :

Nous vivons dans une époque dans laquelle les politiques doivent énoncer des contrevérités pour ne pas influencer les marchés financiers dont les attentes ne sont elles-mêmes que le reflet d’algorithmes informatiques d’une très grande complexité. Nous assistons à quelque chose d’analogue dans le domaine des libertés individuelles.

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Il s’est passé quelque chose, ce samedi 15 octobre 2011

Quelques 10.000 à Berlin, 5 à 6000 à Frankfort, un millier à Munich, de petits groupes un peu partout, un millier aussi à Zurich…Pas mal finalement. La police était loin d’être inactive. Difficile aujourd’hui de dire si cela ira au-delà d’un feu de paille pour rester dans la métaphore utilisée par l’association « Attac Allemagne » selon qui l’étincelle est parvenue en Allemagne. L’étincelle est celle des indignés de Madrid ainsi que celle des occupants de Wall Street.

A l’évidence, ils sont accompagnés de la sympathie des médias qui font cependant de ces manifestations une lecture très réductrice en les limitant à des protestations contre les banques. C’est aussi sur cette base que la classe politique pas seulement allemande mais européenne, Mr Barroso en tête, tente de récupérer un mouvement très hétérogène comme nous avons essayé de le suggérer . Jamais encore, note le « Financial Times Allemagne », un mouvement n’aura aussi vite été capté par la politique. On se mettrait d’accord pour utiliser les banques comme paratonnerre. A voir cependant si on y parviendra réellement.

Je suis venue dit une manifestante de Francfort parce que bien qu’ayant étudié l’économie je n’y comprends plus rien et je crains que la politique n’y comprenne rien non plus. L’éditorialiste du quotidien conservateur « die Welt » la cite comme témoignage du malaise qui a atteint la société allemande qui craint pour sa monnaie, son épargne, son niveau de vie.

Il s’est passé quelque chose, ce samedi 15 octobre 2011. Y aura-t-il une suite ? Assistons-nous au début d’un mouvement encore informel dont les contours se dessineront petit à petit ? Un nouveau mouvement extra-parlementaire comme l’Allemagne en a déjà connu ? Trop tôt pour le dire.

Tout cela est très communiquant et collaboratif. Même s’il n’est pas évident que l’on puisse élaborer une pensée en assemblant des twitters, on s’y essaye et l’on peut suivre cela en direct sur les forums de discussion permanents. Et y participer

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Heureusement ils savent

 

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En Allemagne aussi…et en Suisse

En Allemagne aussi, on essaie de s’inscrire – avec beaucoup de difficultés, il est vrai – dans le mouvement mondial de protestation du 15 octobre 2011. On trouvera ci-dessous la traduction du texte de l’appel pour Berlin.

La succession de phrases disparates dans la première partie du texte situe la diversité des situations sociales concernées. Elle donne une image de l’Allemagne quelque peu différente de celle – opulente – qui nous donnée en modèle à suivre. On relèvera la sensibilité aux questions de la surveillance informatique en pleine actualité en raison de l’ampleur du scandale révélé par les hackers de Chaos Computer Club. Ces derniers ont en effet montré que le logiciel espion de la police qu’ils on réussi à se procurer était non seulement illégal mais particulièrement mal conçu. Enfin, on notera l’affirmation qu’ils ne sont ni de droite, ni de gauche, ni écolos ni libéraux, simplement …indignés.

99% se présentent

Tu te demandes qui nous sommes ? Demande-toi aussi qui tu es toi. Nous sommes ceux qui jusqu’à présent  formaient la majorité silencieuse. Si  nous avons un emploi, nous allons  tous les jours au travail, nous y faisons aussi des heures supplémentaires pour tout juste boucler les fins de mois. Nous gagnons si peu que nous faisons en quémandeur notre pèlerinage vers le pôle emploi pour espérer gagner plus. On a besoin de nous pour des choses inutiles payées 1 euro de l’heure. Nous travaillons le week-end au noir pour pouvoir manger. Nous avons quitté l’université  avec un bachelor [bac +3 ou 4] et nous ne trouvons pas de travail tout en lisant qu’on ne trouve pas de main d’œuvre qualifiée. Nous soignons les vieux et les malades pour 800 euros par mois car ils ne semblent pas valoir plus.

Nous plaçons une part du peu que nous gagnons dans une caisse de retraite privée bien que nous nous ayons déjà admis l’idée de pauvreté pour les personnes âgées

Avec stupéfaction  nous observons le démontage de l’Etat providence et l’écart croissant entre les riches et les pauvres.

Incrédules, nous assistons à l’élargissement des attributions de la police dans le cadre de la guerre contre le terrorisme et ce qui en résulte : le contrôle de la population  par la conservation des données et INDECT. [Ce robot informatique perfectionné va faire une surveillance d’Internet en épluchant de façon automatique les sites web, les forums de discussion, les FTP, les réseaux P2P et même les ordinateurs personnels pour détecter les menaces et les comportements « anormaux » ou « violents » sur le net].

Avec étonnement, nous enregistrons les sommes avec lesquelles des banques et entreprises “trop grosses pour faillir” sont sauvées par nos impôts  alors qu’il nous en reste de moins en moins.

Personne ne nous aide mais avec nos impôts nous aidons ceux qui nous exploitent.

Nous avons des opinion et des visions différentes, nous ne pouvons être classés dans aucune catégorique politique traditionnelle, nous ne sommes ni de droite ni de gauche, ni écolos ni libéraux . NOUS SOMMES INDIGNES. Indignés par ce qui se passe dans notre société et nous reconnaissons la nécessité de faire connaître cette indignation. Nous ne voulons plus accepter une politique qui n’aide que les riches et nous reclamons de la transparence et le contrôle des processus politiques.

Nous voulons une démocratie authentique pour le bien de tous.

Nous sommes 99 % à souffrir de la domination  de 1% (…).

Et en Suisse :


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